Mes chroniques personnelles ♡

Apprivoiser l’absence ♡

En garde alternée, c’est la chose la plus difficile. Apprivoiser l’absence. Surtout les premiers temps, les premiers jours, les premières semaines, les premiers mois, les premières années et c’est encore plus compliqué quand nos enfants sont petits. 

Oooh, on entend bien nos proches nous répéter que : “tu vas pouvoir prendre du temps pour toi”, “tu pourras te reposer” “sors, profite” “je t’envie d’avoir tout ce temps libre”. Car comme pour toute chose que l’on ne connait pas, on aura tendance à l’idéaliser. 

Au début de l’alternance, et encore aujourd’hui parfois, on me demande comment j’occupe mes soirées la semaine sans enfant. On m’imagine en train de danser et flirter jusqu’au petit matin, de dévaliser les boutiques de prêt-à-porter, de tester les nouveaux bars à vins de la région ou de participer à toutes les avant-premières cinématographiques. Ils sont si loin de notre quotidien n’est-ce pas ? Mes soirées, semaine paires  ?! Elles sont d’une banalité ; je rentre chez moi après une journée au bureau, je n’ai envie que d’une seule chose, quitter mes chaussures à talons, enfiler un vêtement confortable et m’avachir sur le canapé. Oui j’ai la chance de pouvoir faire cela. Je n’ai que cela à faire d’ailleurs.  

D’ordinaire, je m’active, je demande si les devoirs sont faits, quelle leçon faut-il réviser.  Entre un exercice de mathématiques et une leçon d’anglais, je mets l’eau à bouillir et j’étends une lessive. Je n’ai certes, plus de bain à donner, mais êtes-vous déjà aller dans une salle de bain, après la douche d’un enfant de 11 ans ? Non ?! Eh bien vous en avez de la chance 😉 Après le repas, plus vite avalé que cuisiné,  l’un prépare son cartable, l’autre son repas du lendemain. S’ensuit quelques frivolités avec le chat avant que l’enfant ne demande à aller se coucher. Gros câlin, plein de  bisous et extinction des feux. Fin de journée, fin de soirée. Il est trop tôt pour dormir, mais trop tard pour visionner un film qui a débuté sans toi. 

Je sais que mon quotidien ressemble au tien, une semaine sur deux.

Puis il y a l’autre. L’autre semaine. Celle où on m’invente une seconde adolescence, une vie de célibataire épanouie qui jouit des plaisirs de la vie. 

Mais dans ma réalité, c’est un peu différent. D’abord parce qu’après une longue journée de travail c’est le calme de mon chez-moi qui me sera le plus agréable. Ensuite, parce que sortir s’amuser c’est bien mais toute seule ça l’est un peu moins. Mes amis ont une vie de famille, une disponibilité pas toujours égale à la mienne et n’oublions pas que faire la fête ça peut aussi vite coûter cher.  Plus simplement, je n’en ai pas l’envie. Ma vie sociale est assez riche, je n’ai plus besoin de la  surcharger. Je dis “plus” parce qu’il fût un temps où ce n’était pas aussi évident.

Ces semaines-là, quand je rentre chez moi, je fais face à ce que beaucoup de personnes redoutent : le vide. 

Imaginez cette semaine avec mon enfant, qui défile à toute vitesse, le temps nous manque, il n’y a pas de pause, ni de trêve, on fonce, on avance à vive allure et du jour au lendemain, plus rien. Le silence. Le temps se ralentit. 

Le choc est rude, brutal, violent. Les premiers temps il vous paralyse. Vous n’avez envie de rien. Vous avez perdu vos repères. Vous vous sentez impuissant, inutile. Le manque est assassin. C’est comme si le goût de vivre vous quittait une semaine sur deux. Le contraste est trop important. Vous pourriez toucher le fond, papillonner avec la dépression, abuser des ordonnances de somnifères.

Puis s’en vient la phase où vous redoutez ce sentiment de néant, cette carence ressenti jusque dans vos tripes, alors vous cherchez ailleurs à combler l’absence qui fait mal. Vous sortez. Trop. Souvent. Vous devenez boulimique d’activités pour ne plus penser, ne plus entendre ce silence qui fait tant de bruit, et devenez adepte de la procrastination puisque dispensé(e)s des tâches qui incombent à un parent.  

Mais viendra le jour où vous n’aurez plus le choix. La vie vous imposera d’apprivoiser l’inexistence. 

Pas de l’aimer, mais de vous y adapter. 

Cette obscurité, une semaine sur deux, elle deviendra familière. Vous vous surprendrez à ne plus mettre la télévision ou la musique en bruit de fond. Vous accepterez un nouveau rythme de vie. 

Vous continuerez de sortir les jours sans enfants, à la différence que ces temps-là désormais vous les apprécierez. Autant que de ne rien faire. Vous écouterez vos besoins et vos envies, et alors vous saurez que vous n’êtes plus guidés par la douleur de la séparation.  

Mais apprivoiser l’absence, ce n’est jamais acquis.

Il y aura des jours où vous serez triste devant le départ de votre enfant mais l’esprit serein et il y aura des “au revoir” qui vous déchireront l’âme comme jamais

La distance nous donne une raison d’aimer plus fort

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2 commentaires

  1. Daniel Chiron a dit :

    Vie bien différente que ” une semaine sur deux” mais bon sang que de similitude de ressenti quand je vous lit et pourtant …il s agit bien d une séparation différente certe,…mais quelle séparation….
    Merci pour vos partages….

  2. Salelles nelly a dit :

    Les mêmes ressentis…. j’ai “eu la chance” de ne faire la garde alternée que lorsqu’ils étaient déjà un peu grand. Et même aujourd’hui ce n’est pas vraiment une garde alternée 1 semaine 1 semaine c’est plus de temps chez maman que chez papa. Mais que ce fut dur les premiers temps de cette nouvelle organisation pour moi et pour eux aussi pour leurs petit frère et sœur…. aujourd’hui on arrive a mieux gérer tout ça ils ont 15 et 12 ans. Merci ça fait du bien de vous lire.

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